11/03/2015

LA VACHE!

 

Au salon de l'agriculture,

 

on aperçoit, dés le matin,

 

de corpulentes créatures,

 

manipulant d'épais tétins.

 

 

 

Au salon de l'agriculture,

 

chaque cravate et escarpin,

 

arboré pour la devanture,

 

finira brune de purin.

 

 

Tout en forçant leur nature,

 

des présidents et le gratin,

 

s'obligent à crotter leurs chaussures,

 

et à beugler leur baratin.

 

 

 

Au salon de l'agriculture

 

ça sent la paille et le boudin

 

l'huile de coude et la garbure

 

pour dégriser tous les urbains.

 

 

 

Bien que vêtus de leurs parures

 

les défilés de mannequins

 

se jaugent plus à la carrure

 

qu'à la brillance du satin.

 

 

 

Au salon de l'agriculture

 

sous la cuirasse des bovins

 

tressaille une musculature

 

adepte des stéroïdiens.

 

Le plus costaud a sa piqure

 

administrée chaque matin

 

en ruminant sa nourriture

 

garantie bio et sans gluten.

 

 

 

Au salon de l'agriculture,

 

les poules ont droit à un shampoing

 

et les brebis une tonsure,

 

à faire frémir un calotin.

 

 

 

Au salon de l'agriculture,

 

il y a souvent plus d'un festin,

 

où des adeptes d'Épicure

 

croisent le verbe et le vin.

 

Alors gavé de nourriture,

 

le parigot au foie chagrin,

 

quitte l'enclave de nature,

 

et s'en retourne à son turbin.

 

 

 

29/01/2015

JE FUS CHARLIE

 

 

Ils étaient si nombreux affrontant le pavé,

 

que la ville tremblait au pas de leurs semelles.

 

Et nombre de pigeons passaient à tire d'ailes

 

ne sachant décider quelle tête fienter.

 

 

 

Parmi la multitude au cœur de la mêlée,

 

on vit se côtoyer d'éminents dignitaire,

 

absents pour quelques heures des plateaux de télé,

 

ramenés au niveau du piéton ordinaire.

 

 

 

Du curé bedonnant à l'élu cravaté,

 

Tous juraient qu'un jour, ils avaient lu Charlie

 

aux toilettes, au coiffeur, en métro ou au lit.

 

Rigolant de bon cœur à ses méchancetés.

 

 

 

De joyeux dictateurs menaient le peloton,

 

bras dessus, bras dessous et la mine contrite,

 

oubliant un instant leurs ouailles déconfites

 

et quelques journalistes coulés dans le béton

 

 

 

Certains esprits ronchons paraissaient fort déçus.

 

Pas de la boucherie à l'arme automatique,

 

mais du manque à gagner au fond de leurs boutiques

 

où l'annonce des soldes passait inaperçue.

 

 

 

Le cortège funèbre était pourtant joyeux,

 

si quelques-uns pleuraient, c'était souvent de rire

 

d'imaginer Cabu au portail des cieux,

 

crayonnant l'hôtelier pour défier son empire.

 

Mais au bout de leurs pas, à la tombée du jour

 

un calvaire attendait les esprits fatigués.

 

De la boite à image et des ondes sacrées

 

jaillirent des experts comme autant de vautours.

 

Alors se transforma sous nos yeux ébahi,

 

l'esprit de liberté d'un peuple débonnaire,

 

en menace globale et dangers enfouis,

 

aux seuils de nos maisons, au milieu de nos terres.

 

 

 

Et cette liberté, autrefois défendue,

 

se racornit un peu sous les grandes annonces,

 

sensées nous protéger de ce mal absolu,

 

en clonant les képis comme unique réponse.