09/12/2017

La complainte du fruit de mer

 

Au bassin d'Arcachon, un vénérable homard

écoutait attentif la plainte du bulot,

qui de sa carapace en forme d'entonnoir,

vouait aux gémonies la pollution des flots.

 

Convenez, mon ami, que notre onde si pure,

autrefois parfumée d'arômes tropicaux,

portés par les marées et les fonds abyssaux,

ressemble à un cloaque aux relents de mercure.

 

La vase nourricière qui loge ma famille

contient plus de pétrole qu'un désert saoudien.

Et le courant du fond provenant de la ville,

charrie des effluents qui n'ont plus rien d'humains.

 

Il est temps de s'enfuir de ces lieux méphitiques

avant que de muter en ces monstres marins,

que l'on représentait sur les cartes antiques

affublés de moustaches et équipés de mains.

 

C'est le sort qui attend ma maigre descendance,

lorsque mon existence atteindra ses limites

et que dans ma coquille, élisant résidence,

viendra s'encanailler un Bernard l'ermite.

 

Allons, dit le homard, gagné par l'amertume

de ce gastéropode au naturel chagrin,

savez vous que les eaux de notre cher bassin

subissent des contrôles de la vase à l'écume.

 

La moindre bactérie égarée en ces lieux

y serait combattue par la pharmacopée

tant notre économie serait handicapée,

si venaient à manquer des huitres sur les pieux.

 

Croyez-moi l'avenir est bien plus ordinaire.

lorsque sur un plateau nous serons réunis,

Votre coque nacrée ne craint de locataire,

si ce n'est au final un soupçon d'aïoli.