26/02/2017

CORNU

C'est grand émoi dans la prairie.

Le vent colporte une nouvelle,

aux relents de cacophonie,

comme un nuage de sauterelles.

Beaucoup en pleurent et d'autres rient,

les herbes bruissent de rumeurs.

Il n'y a bientôt plus une fleur,

ignorant cette tragédie.

 

Déjouant tous les pronostics,

indifférent aux commentaires,

le Bison blanc antipathique

est devenu maitre des terres

 

Ce ruminant des plus rustiques,

a promis à son entourage,

de réserver leurs pâturages

à des espèces endémiques.

 

Les Dingos l'ont félicité.

Pour ce décret autoritaire,

mais les Lamas, les Dromadaires,

ont décidé de protester.

 

L'inquiétude est dans les terriers.

Des cochons d'inde aux rats musqués.

Chacun recherche, en panique,

son arbre généalogique.

 

Les troupeaux du pays voisin

habitués à partager

l'eau des rivières et les chemins,

sont sommés de se clôturer.

L'incohérente décision

fait beugler ces toros latins,

qui regardent passer les trains

de fourrages d'importation.

 

Les abeilles aventurières

aux ruches délocalisées

doivent séant rapatrier

leurs escouades ouvrières.

Et, bien des oiseaux migrateurs,

n'ont le droit de poser les pattes

que munis d'un visa d'une heure

pour repartir vers les Carpathes

 

Le bison n'est pas diplomate,

mais réputé pour son orgueil.

On dit qu'il a, d'un coup de patte,

écrabouillé un écureuil,

dont la queue en forme de plume

avait chatouillé ses naseaux.

Il prétendait que son manteau

était moins blanc qu'on le présume.

 

La sècheresse qui sévit

raréfie les verts pâturages.

Craignons que par manque d'herbages

dans un réflexe de survie,

le bison devienne omnivore.

Les ours alors seraient ravis

de s'associer au Minautore,

pour étendre sur ce pays

la politique des butors.

 

23/02/2017

MANEGE COSMIQUE

 

Attifé comme un Bibendum,

coiffé d'un casque transparent,

je survole les océans

dans le plus grand planétarium.

Je suis un brin mélancolique,

peut être à force de tourner

entre équateur et les tropiques,

de Singapour à l'Érythrée.

 

Le long cordon qui me reliait

à ma capsule galactique,

comme un ténia neurasthénique

a fini par s'entortiller.

J'ai coupé tous les écouteurs

et un silence assourdissant,

à entendre pousser ses dents

et faire pâlir un fossoyeur

a rempli un instant ma bulle.

Et me voilà sur mon orbite,

comme un caillou dans une fronde,

tutoyant les météorites,

à contempler le vaste monde.

 

Ah mon papa, oh ma maman!

J'ai voulu être cosmonaute

jamais pompier ni président.

Aurais-je commis une faute

à vouloir décrocher la lune,

en oubliant que c'est d'en bas,

que Pierrot aiguisa sa plume,

pour obtenir ce résultat?

 

Je croise au loin un satellite

je le salue du bout du gant

mais relayer tous vos écrans

occupe tant l'électronique,

qu'il ne cligne d'aucun voyant.

Le bel engin stratosphérique

emballé de papier d'argent

s'évanouit dans le néant

telle une papillote cosmique.

 

Soudain venant d'une navette

un grand filet à papillon

se déploie dans mon horizon

en espérant m'arrêter net.

Je crie, je nage, je gesticule,

oubliant ma sérénité

il suffirait d'un vent mauvais

pour que la chance ne bascule.

 

En l'honneur de mes sauveteurs

je débouche du pétillant

qui s'envole instantanément

délivré de l'apesanteur.

Et nous flottons après les bulles

la bouche ouverte pour gober

le fin nectar éparpillé,

qui envahit tout le module.

 

Un court circuit champagnisé

fait s'affoler tous les voyants,

nous intimant d'évacuer

ce lieu pourtant si rassurant.

Et c'est à peine dégrisé

que je remet mon lourd costume

condamné pour l'éternité,

dans l'éther où baigne la lune.