29/10/2015

LE DÉMON DU MARKETING

Au milieu d'un volcan solennel et austère,

 

nageant dans le bouillon, un démon s'ennuyait.

 

Depuis bien trop longtemps banni par Lucifer,

 

pour avoir un instant fait preuve de bonté.

 

 

 

À quoi sert, songeait-il, cette vie éternelle,

 

si je dois la passer sans compter mes journées

 

à frapper sans relâche avec excès de zèle,

 

les nouveaux arrivants et les vieux dépravés.

 

 

 

La promotion du mal est notre raison d'être.

 

Alors pourquoi punir, sur ordre du très haut,

 

ceux qui ont bien vécu en suivant nos préceptes

 

et retombent ici bas après le coup de faux?

 

 

 

Il avait exposé au maitre des enfers,

 

sa belle théorie, implorant la clémence,

 

pour un petit banquier hurlant dans la soupière

 

et un vieux dictateur fiché à la potence.

 

 

 

Nous leur faisons subir de douloureux sévices,

 

alors qu'ils ont passé toute leur existence

 

à pratiquer le mal en toute circonstance

 

et défendre partout la vertu de nos vices.

 

Pourrais-je leur laisser un moment de répit?

 

diminuer le feu, desserrer les entraves,

 

les traiter en soldats, et parmi les plus braves,

 

de ceux qui ont vécu de leur ignominie.

 

 

 

Laissons se colporter sur les réseaux sociaux,

 

que la mort ici bas n'est pas malédiction,

 

et nous recruterons au milieu des bigots,

 

tous ceux dont la bonté n'était que soumission.

 

Car il est ambigu pour les gens de la terre,

 

de nous savoir prôner les délices du mal

 

sans offrir en espoir un bonheur infernal.

 

C'est ce que plaiderait tout bon publicitaire.

 

 

 

L'Islam l'a compris, qui promet mille vierges,

 

à chaque bon croyant qui mourra en martyr.

 

Et les voilà nombreux, postulant à périr,

 

tout en éparpillant des porteurs de cierges.

 

 

 

Le diable n'a que faire de la concertation.

 

Et l'enfer est impropre à toute réflexion

 

D'un battement de queue Lucifer éjecta

 

loin du cœur de la terre le démon dépité

 

sommé de méditer pour une éternité

 

avant que celui-ci ne fonde un syndicat.

 

12/10/2015

LE BLUES DU RAGONDIN

En bordure d'étang vivait un ragondin,

 

paternel affairé d'une grande famille.

 

Ce rongeur exigeant, professait l'entretien

 

de son écosystème aux carpes et anguilles.

 

Ses berges impeccables imposaient le respect

 

à la faune aquatique triée sur le volet.

 

 

 

La mairie tolérait avec bienveillance,

 

le paisible animal sur ses rives moussues.

 

Le bail était précaire, mais il était conclu

 

pour autant que ses dents limitent les nuisances.

 

Et que chaque petit aussitôt que sevré

 

vers d'autres horizons soit prié d'émigrer.

 

 

 

La chaleur de l'été vida tout un canal,

 

délogeant la tribu d'un de ses congénères,

 

qu'on dut réimplanter dans les eaux nourricière

 

où régnait fièrement notre bel animal.

 

 

 

L'intrus venu du sud n'avait pas de manières.

 

Profitant goulument du havre végétal

 

consomma sans compter les matières premières

 

et creusa le rivage d'inutiles dédales.

 

 

 

La mairie s'en ému et ce fut un scandale.

 

En tant que réfugiés pour le moins démunis

 

les nouveau arrivants bénéficiaient d'appuis

 

des services sociaux du Conseil Général.

 

 

 

La rumeur s'étendit à tous les marécages,

 

qu'un étang accueillait sur de vastes rivages

 

le peuple ragondin de tous les horizons

 

sans carte de séjour ni autorisation.

 

 

 

Il fallut peu de temps mais des dégâts visibles,

 

pour que l'on s'accorda sur un vague traité,

 

classifiant les rongeurs en espèces nuisibles

 

et citant la recette d'un excellent pâté.

 

 

 

Soucieux d'échapper au sort impitoyable,

 

condamnant ses cuissots aux lames du hachoir,

 

l'animal plaida devant tous les notables

 

le respect des quotas dans les flux migratoires.

 

Ses idées enchantèrent un édile local

 

qui avait sur le front l'emblème national.

 

Conviant l'animal à son prochain banquet.

 

L'ajouta au menu sous forme de civet.