09/09/2014

LA PIE ET LE SANGLIER

Ce fut un bel émoi dans la grande forêt

le jour où dame Pie annonça ses fiançailles

avec un Sanglier taciturne et discret,

qui, las, avait forcé le respect de ses ouailles.

 

On vit ce dignitaire, bien peu extraverti

interrompre un instant de se remplir la panse,

esquisser un sourire à moitié de défense

au bras de sa promise à la garden party.

 

Le peuple des forêts pouvait bien ricaner,

la Pie n'en avait cure au sommet de sa gloire,

fière de distiller ses talents oratoire,

sélectionnant sa cour au risque de peiner.

 

Une laie s'en émut auprès du solitaire,

qui ne put éviter ce souci ménager,

d'interdire à l'oiseau son flux de commentaires

sur d'éminents sujets enclins à s'enrager.

 

Mais une pénurie limita la châtaigne

et les glands trop petits tardèrent à tomber.

L'animal obéit au devoir de son règne,

délaissant notre oiseau dans son nid trop douillet

 

la rumeur explosa qu'une fraiche Colombe,

d'audace avait séduit son grognon de fiancé.

Le moral de la Pie s'approcha de la tombe,

autant que son égo fut ridiculisé.

 

Les pies sont rarement d'humeur dépressive

mais tiennent la rancune comme un noble devoir.

L'oiseau se cramponna sur son plus haut perchoir

et jacassa son flot de pensées subversives.

 

Le cochon, tout penaud, s'abstint de commentaires

et noya dans la boue son humiliation,

jurant qu'à l'avenir son choix de partenaire,

se porterait plutôt du coté des poissons.

04/09/2014

RONDS DE JAMBES

Un ballon effrayé échappait aux chaussures

qui, en le poursuivant frappaient son cuir meurtri,

dont les fins hexagones ressentaient les blessures

causées par les impacts de crampons aguerris.

Un gazon si parfait, glissait sous ses rondeurs,

qu'il n'aurait pu dévier la moindre trajectoire,

pour fuir ces combattants enivrés de victoires,

en voulant à sa peau, dopés par les clameurs.

 

Quarante quatre pieds, certains malodorants,

ne convoitaient que lui au milieu de ce stade,

pour le précipiter par un geste violent

dans un filet grossier méprisé des dorades.

Et le déchaînement de la foule en furie

le pétrifiait de peur, tapi au fond des cages,

avant que le gardien rancunier et meurtri

l'expédie dans les airs vers un autre carnage.

 

Alors que, délicat, au bout de doigts précis,

son cousin de volley bondissant à la plage,

acclamé des naïades aux épaules roussies,

finirait la saison sans tracas ni dommages.

Et la rude baudruche au corps ovalisé,

passant de mains en mains avant d'être aplatie

dans le creux de gros bras délicats et musclés,

profitait pleinement des plaisirs du rugby.

 

Un long coup de sifflet abrège le calvaire.

Mais au cœur de l'étuve sous des maillots mouillés,

quand le match est fini, tout au fond des vestiaires,

l'indigence verbale suffit à le gonfler.

Il se prend à rêver à sa diminution

au diamètre des balles qui parcourent les greens,

où l'intérêt du jeux est la conversation

entre gens éloignés des cités de vermine.

 

Un jour, bien trop râpé, il ira au rebut,

dans le fond d'un placard aux odeurs de moisi,

parmi quelques chaussettes aux mailles racornies,

dégonflé de savoir sa carrière fichue.

À moins que l'entraineur par une bonne action,

ne le donne à un club où l'on joue les pieds nus,

rêvant d'en retirer quelques compensation,

lorsque des virtuoses ils seront devenus.