04/09/2014

RONDS DE JAMBES

Un ballon effrayé échappait aux chaussures

qui, en le poursuivant frappaient son cuir meurtri,

dont les fins hexagones ressentaient les blessures

causées par les impacts de crampons aguerris.

Un gazon si parfait, glissait sous ses rondeurs,

qu'il n'aurait pu dévier la moindre trajectoire,

pour fuir ces combattants enivrés de victoires,

en voulant à sa peau, dopés par les clameurs.

 

Quarante quatre pieds, certains malodorants,

ne convoitaient que lui au milieu de ce stade,

pour le précipiter par un geste violent

dans un filet grossier méprisé des dorades.

Et le déchaînement de la foule en furie

le pétrifiait de peur, tapi au fond des cages,

avant que le gardien rancunier et meurtri

l'expédie dans les airs vers un autre carnage.

 

Alors que, délicat, au bout de doigts précis,

son cousin de volley bondissant à la plage,

acclamé des naïades aux épaules roussies,

finirait la saison sans tracas ni dommages.

Et la rude baudruche au corps ovalisé,

passant de mains en mains avant d'être aplatie

dans le creux de gros bras délicats et musclés,

profitait pleinement des plaisirs du rugby.

 

Un long coup de sifflet abrège le calvaire.

Mais au cœur de l'étuve sous des maillots mouillés,

quand le match est fini, tout au fond des vestiaires,

l'indigence verbale suffit à le gonfler.

Il se prend à rêver à sa diminution

au diamètre des balles qui parcourent les greens,

où l'intérêt du jeux est la conversation

entre gens éloignés des cités de vermine.

 

Un jour, bien trop râpé, il ira au rebut,

dans le fond d'un placard aux odeurs de moisi,

parmi quelques chaussettes aux mailles racornies,

dégonflé de savoir sa carrière fichue.

À moins que l'entraineur par une bonne action,

ne le donne à un club où l'on joue les pieds nus,

rêvant d'en retirer quelques compensation,

lorsque des virtuoses ils seront devenus.

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