25/02/2014

TABAC S'EMBALLE

 

Du fond de son échoppe un marchand de tabac

guettait amèrement le client sporadique,

amateur de Gauloises ou bien de Cohibas,

de tabac à priser et parfois d'une chique.

 

Ses rayons poussiéreux n'offraient plus au public

que des nuit gravement sur images barbares.

Quelques cartes postales cornées sur le comptoir

donnaient au monuments un air mélancolique.

 

Les bonbons s'engluaient au fond de leur bocal

et les pipes en bois au tuyau bakélite

avaient perdu l'espoir d'enchanter une lippe,

bourrées de tabac roux au fumet colonial.

 

Quand l'ennui l'ennuyait, il rêvait de ce temps

où le fumeur pouvait, avec ses doigts jaunis,

épuiser un mégot comme on tête maman,

espérant le prochain avant d'avoir fini.

Où l'on savait écrire à sa belle famille,

confiant au postier ses mielleux sentiments,

alors que son marmot brayait en larmoyant

son envie de bonbons et peut-être de billes.

 

Et tous les professeurs, titrés ou flagorneurs

affichaient au menton un fourneau rougeoyant

accessoire dédié à tout corps enseignant

autant que la casquette désignait le facteur.

 

On croyait au péché, acceptant le cancer

comme la pénitence du plaisir assouvi

et tant d'évènements pour abréger la vie

rangeaient au second plan nos soucis vasculaires.

 

Aucun ordinateur ne contractait le temps

qui permet au courrier d'arriver l'encre sèche

et les bonbons d'alors nous pourrissaient les dents

préparant nos chicots au goudron d'une sèche.

 

Puis le temps est venu où l'abri des marquises

rassemble les fumeurs honteux et grelottants.

Où au pied des menus des plus grands restaurants,

un tapis de mégots accueille les convives.

 

La besace postale contient quelques factures

et le calendrier parfois au jour de l'an.

Mais lettres parfumées ou missives d'injures

ont déserté les lieux depuis déjà longtemps.

 

Poussé par un progrès aux relents hygiénistes,

et pour se préserver de l'opprobre publique,

Notre bon buraliste devenu fataliste,

décide avec regrets de vivre avec son temps

désormais ses produits seront électroniques.

Excepté les bonbons, mais sait-on jusqu'à quand?

 

Commentaires

Excellent... meme en version electronique, sans libraire ni postier!

Écrit par : Antoine | 25/02/2014

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