05/02/2014

TOSCA

 

Écoutez la diva,

vautrée sur son divan,

entonner la Tosca

sous l'œil d'un Toscan.

Alors qu'elle s'époumone,

la luette exhibée,

le Toscan de Vérone

en vient à s'inquiéter.

Car du fond des coulisses,

arrive au galop,

l'amant ou la police,

enfin, quelqu'un de trop.

Qui va ci qui va là

lui voler sa diva,

occuper son divan,

passer en coup de vent

et détourner d'un mi

le chant de son amie.

Cette mie écarlate

ignore le danger

tant elle est à vibrer

à s'en péter la rate.

Le Toscan est sanguin

et risquant une rixe

protège son béguin

en devenant prolixe.

Le ton est certes grave

mais notre fanfaron

nous paraît bien peu brave

face à ce baryton

en costume ventru,

épaulettes et boutons

autant que moustachu.

Une telle tension

entre des ennemis

attire l'attention

et la cacophonie.

La diva vocalise,

le Toscan rivalise

mais l'odieux baryton

couvre de son organe

et ses accents teutons

les accords de tsiganes

du duo dépité

qui conteste l'affront

et s'entête à chanter,

noyant de postillons

la moustache cirée

et le blanc du plastron

de l'intrus ulcéré.

Devant tant de courage

et d'haleines viciées

le tyran émacié

remballe son ramage.

Et nos braves héros

de roman feuilleton

d'un final en duo

estoquent le félon.

Le rideau se déride

et estompe la scène.

Et nous voilà stupides

à deviser tout bas

dans une salle pleine

après autant d'éclats.

Mais si chacun de nous

devait chanter ainsi,

pour un si, pour un vous

un salut, un promis,

les rouges strapontins,

mélomanes avertis,

claqueraient de dépit

comme des diablotins.

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