27/12/2013

des RH

 

Monsieur le directeur des ressources humaines

contemple sa récolte avec satisfaction:

"Que de gens compétents pour toutes ces mission

ai-je pu dénicher en moins d'une semaine.

Le choix était ardu, et parfois cornélien,

tant les propositions croulaient dedans la boite.

Mais il en est ainsi qu'autant de bons à rien

rédigent leurs CV sans mettre une cravate.

Et le tri fastidieux d'indigestes papiers

sans souffrir de remords, en fut facilité."

 

Les ressources humaines ont ceci de parfait

qu'elles ne s'épuisent pas autant que les fossiles.

La crise nous fournit nombre de jeunes habiles

et justifie l'exil de vieux insatisfaits.

 

Mes compétences excellent au choix des candidats.

Je flaire le défaut bien avant que de lire

la lettre pathétique dictée par pôle emploi

où les motivations étouffent le désir.

Me voila magistral au fond de mon fauteuil,

l'oreille attentive et le regard humide,

face à un candidat plus livide qu'en deuil,

qui débite d'un trait sa carrière insipide.

 

Je prends note parfois d'un mot intéressant

qui pourrait me servir dans un futur ouvrage,

sur ma vie, mes amours ou le recrutement,

que je rédigerai lorsque j'en aurai l'age.

 

Mais voici le moment où d'un geste du bras

j'interromps le discours, abrégeant le calvaire

d'un ton encourageant, par:« on vous écrira »

ou bien pontifical:« voyez ma secrétaire »

 

Qu'ils soient prolétaires ou cadres de haut rang,

tous patienteront deux jours devant ma porte.

Une fois pour l'embauche l'autre un licenciement.

Nul ne peux m'éviter qu'il entre ou bien qu'il sorte.

A moins, et je le crains, qu'à un age assez mur,

je ne sois convoqué par la voie hiérarchique,

chez mon alter ego, plus jeune, et déjà sur

que mon remplacement est affaire de logique.

16/12/2013

OLÉ

Dans la cape d'un toréro

vivait une puce enthousiaste,

enivrée d'ors et de bravos

de sable chaud et de contrastes.

Dans l'arène insolente et fière

peuplée de gitans espagnols,

elle sautillait du sabre au col

d'un homme en habit de lumière.

À chaque passe de l'artiste

et les Olé de l'assistance,

elle se cambrait avec aisance

participant au tour de piste.

La masse sombre du toro

exhalait des odeurs de sang

d'un rouge si appétissant,

qu'elle salivait sur le palo.

Au garrot de la pauvre bête

un puceron se cramponnait

indifférent à l'air de fête

qui régnait dans cette assemblée.

De la lance d'un picador,

il avait fui sur la colonne

pour échapper aux banderilles,

par un salto et une vrille,

sous les vivats de Barcelone,

en attente du matador.

À chaque passe de muleta,

au risque d'être balayé,

il convoitait sa dulcinée

aussi fougueuse qu'Athéna.

Prés du pommeau de cette dague

de qui proviendrait l'estocade

elle ignorait son congénère

prenant des postures guerrières.

 

Une corne malencontreuse

interrompit cette romance

et changea l'ordre du final

à l'avantage de l'animal.

Le puceron tout dépité

se consola en grignotant

la couenne toute ensanglantée

de notre brave ruminant.

L'habit doré tout déchiré

fut nettoyé à la machine

noyant à l'aide des enzimes

la puce à soixante degrés.

Cet hécatombe décida

les politiques les plus sages

à prohiber la corrida.

Et les insectes hématophages