02/07/2013

OLÉ

Dans la cape d'un toréro,

vivait une puce enthousiaste,

enivrée d'ors et de bravos,

de sable chaud et de contrastes.


Dans l'arène insolente et fière

peuplée de gitans espagnols,

elle sautillait du sabre au col

de l'homme en habit de lumière.


À chaque passe de l'artiste

et les Olé de l'assistance

elle se cambrait avec aisance

participant au tour de piste.


La masse sombre du toro

exhalait des odeurs de sang

d'un rouge si appétissant

qu'elle salivait sur le palo.


Au garrot de la pauvre bête

un puceron se cramponnait

indifférent à l'air de fête

qui régnait dans cette assemblée.


De la lance d'un picador,

il avait fui sur la colonne

pour échapper aux banderilles

par un salto et une vrille

sous les vivats de Barcelone

en attente du matador.


À chaque passe de muleta

au risque d'être balayé,

il convoitait sa dulcinée

aussi fougueuse qu'Athéna.


Prés du pommeau de cette dague

de qui proviendra l'estocade,

elle ignorait son congénère

prenant des postures guerrières.


Une corne malencontreuse

interrompit cette romance

et changea l'ordre du final

à l'avantage de l'animal.


Le puceron tout dépité

se consola en grignotant

la couenne toute ensanglantée

de notre brave ruminant.


L'habit doré tout déchiré,

fut nettoyé à la machine,

noyant à l'aide des enzimes

la puce à soixante degrés.


Cet hécatombe décida

les politiques les plus sages,

à prohiber la corrida,

et les insectes hématophages.

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