24/06/2013

LA BAVARDE

La langue qui s'agite dans l'âtre de sa bouche

éclabousse parfois, d'un verbe malheureux,

son auditeur surpris, mais qui ne prend la mouche,

avalant plus de mots que son ouïe ne le peux.

 

Les sujets sont nombreux mais sans grande importance,

c'est leur enchainement qui fait la prestation.

Qu'elle parle du temps ou bien de la finance,

la musique des mots est sa seule passion.

 

Il serait étonnant qu'au bout de cinq minutes

vous ne soyez déjà renseigné sur sa vie,

sa famille, son chat et puis ses maladies

et les quelques voisins aux pratiques occultes.

 

N'essayez pas l'humour, il est inefficace.

Ses yeux n'exprimeraient que l'incompréhension

changerait de sujet, ignorant votre farce

ou votre calembour sans aucune façon.

 

Vos réponse n'ont pas pour effet de réduire

la longueur du discours, le rythme du débit.

Elle y prend un appui comme pour mieux rebondir

sur le thème suivant, en guise d'alibi.

 

Vous croyez qu'il suffit d'éviter son regard

pour s'isoler du flot de sa conversation?

Ce ne sont pas vos yeux qui attisent son art,

mais tenir vos oreilles à sa disposition.

 

Le jour ou comme sourd, vous la rencontrerez,

c'est avec les trésors de l'imagination,

du langage des signes accompagnant le son,

qu'elle vous imposera toute sa logorrhée

 

Alors vous chercherez à éviter sa rue,

changerez de trottoir porterez un béret

et enfin rassuré d'échapper à son flux,

assis dans le métro vous serez nez à nez.

14/06/2013

LE VIN

 

Le nectar est divin si l'on a la manière.

Il ne suffirait pas d'une vieille étiquette

pour pouvoir affirmer en avalant un verre,

que l'esprit de Bacchus est entier contenu

dans ce cher breuvage au rouge soutenu,

alors que son tanin est issu de piquette.

 

On retrouve souvent accoudés aux comptoirs,

de doctes connaisseurs aux vastes théories

sur la forme du cep, le sarment et la pluie

qu'ils ont su renifler bien avant que de boire.

Dans ces débats profonds d'esthètes éclairés,

la lune et la pression ont toutes une importance

pour la saveur du vin, alors que la finance,

organe sans odeur, s'applique à tarifier

le bon et le meilleur sans jamais y toucher.

Les papilles pour eux délivreraient l'orgasme

lorsque mises en contact avec un cru classé,

du fruit et du caillou trient avec enthousiasme,

comme un laboratoire au plaisir dédié.

Pendant que dans son champ le vigneron s'active

de la taille aux vendanges au rythme des saisons,

le fruit de son travail qui toujours le motive,

alimente et abreuve moultes conversations.

 

Le vin est un médium d'intérêt primordial.

Alors que ses confrères l'auto et le ballon

animent les débats d'une frange sociale,

accompagnés de bières et de mauvais bouchons;

Lui s'invite sans honte au cœur des hautes sphères,

où si l'on veut tenir son rang avec aisance,

il est bon de savoir montrer ses connaissances

en cépage et en crus plutôt que littéraires.

 

Mais plus que ses arômes ou sa robe carmin,

il est un argument qui motive parfois

l'amateur éclairé dans sa quête d'un vin

pour offrir à ses hôtes l'arrogance du choix.

Le prix de la chopine impose un contenu

autant que le sourire du marchand convaincu

prêt à nous affirmer qu'il a vu le raisin

foulé avec les pieds, cueilli avec les mains.

Et que si son grand père avait bu celui là

il serait centenaire et parlerait chinois.

 

Attablé mais repus devant un vieux fromage,

nous restons quelques uns à gouter le breuvage

qui rend gai et bavard sans vraiment enivrer

ceux pour qui le pinard oblige à partager.

Et qu'importe s'il râpe ou qu'il sent la cerise

tant pis si ses tonneaux ont vieilli à Venise

c'est au bruit du bouchon que nos papilles s'ouvrent

et au son du liquide s'écoulant dans le verre

entrons en communion avec tout l'univers.

Alors si un pédant, du granite y retrouve

de sa longueur en bouche en fait un cinéma

il suffira d'un geste pour clore le débat

trinquer à sa santé et à sa suffisance

avec tous les paillards de la terre de France.