06/05/2013

FÉS

Ce tapis est unique, il est fait par ma mère

je vous le garantis nous dit le commerçant

sa laine est naturelle, la facture est berbère

soutenir le contraire me serait insultant.

 

Je vous offre le thé, installez vous à l'aise

vous êtes mon invité, l'hôte le plus précieux.

Reconnaissez qu'alors il serait audacieux

de quitter ma boutique sans l'objet qui vous plaise.

 

Tout est artisanal, mais certains artisans,

sont moins artisanaux que ceux que je propose.

La qualité se perd, tout comme les clients

moi je reste un bastion contre ces temps moroses.

 

Les touristes comme vous sont une bénédiction

tout comme le Dollar, ils montent et ils descendent.

Hésitant à entrer, craignant de se faire prendre

dans un filet serré d'âpres négociations.

 

Que serait le commerce si on le résumait

à l'échange d'un bien contre de la monnaie?

Le plaisir de l'accueil, l'ambition de vous plaire

guide mon intérêt autrement que l'argent

J'eusse été malheureux si nous faisions affaire

sur le premier article aperçu en entrant.

 

Touchez cette matière, admirez la texture,

nul autre magasin de cette Médina

ne peut rivaliser avec ma devanture

mes quarante voisins me nomment Ali Baba.

 

Le prix pour ce tapis, je n'ose point le dire,

il manque de respect envers le tisserand

dont la main aguerrie des savoirs d'antan

lui permet de manger et parfois se vêtir.

 

Ce montant ridicule n'est pas du au hasard.

Vous êtes le premier d'une journée radieuse.

Pour une profession aussi superstitieuse,

c'est un signe de chance, vous m'apportez l'espoir.

 

Ne partez pas si vite à l'annonce du coût

l'artisan survivra à notre marchandage

je pourrais consentir à réduire cette marge

qui alourdit ce chiffre et vous a mis debout.

Prenez un autre thé, ne parlons pas d'argent.

Si le choix, dans ces lieux, vous semble insuffisant,

de ce pas, chez mon frère allons voir l'entrepôt,

je puis vous assurer qu'il ne vend que du beau.

Commentaires

On sent les heures passées à arpenter le souk, aux saveurs sucrées, aux senteurs excessives et aux chaudes couleurs; étals hypnotiques de poudres safranes, de graines subtiles; d’écorces aphrodites...
Il est si agréable de fuir la morsure du soleil dans l'antre rafraîchie d'un marchand de tapis, qui baissera son prix à chaque gorgée mentholée.
Abreuve nous encore de thé vert, euh de tes vers ... c'est boire du petit lait... tchaé.

Écrit par : Fred | 08/05/2013

bonjour, ce profil me rappelle un architecte ;au plaisir de se contacter je fais aussi dans la poésie amateur et j'apprécie vos textes sensibles que je découvre.

Alain DURIEUX

Écrit par : DURIEUX | 10/05/2013

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