19/03/2013

Le Bœuf et le cheval.

 LE BOEUF ET LE CHEVAL

 

La brune charolaise ruminait en son pré.

Un foin si azoté qu'il lui venait des vents

me voilà bien coupable, rien que de digérer,

d'aggraver par mes rots tout l'environnement.

Je perfore dit-on notre couche d'ozone

par mes fumets gazeux bien mieux que les autos.

Les experts l'ont prouvé, pourtant je m'en étonne.

La prochaine saillie j'en fait part au taureau.

 

En arrière de la haie, un vaillant percheron

contemplait la cornue avec condescendance.

De ce monde animal, voici la déchéance

tant d'inutilité pour finir mironton.

Polluer des années et servir de pitance.

Quel heureux privilège de naitre canassons.

La fierté de ma race n'est plus à démontrer.

Des rudes travailleurs de ma constitution

aux athlètes des champs mille fois médaillés.

Meilleurs amis de l'homme est inscrit au fronton

des haras du domaine où je suis hébergé.

 

L'adversité voulut que dés le lendemain,

la vache et le cheval partirent en voyage,

dans le même wagon, ni aucun avantage

pour le fier bidet qui s'en trouvait chagrin.

Une erreur de billet, une décision hâtive

m'oblige à partager cet espace restreint

avec un ruminant d'une espèce passive

ayant pour habitude de voir passer les trains.

 

Hélas mon cher cheval, oubliez vos sarcasmes

nous allons, tous les deux, vers le même destin

de finir en quartiers aux étals humains,

comprenez que ceci tempère mon enthousiasme.

 

N'affirmez pas cela! Sinon pour un phantasme.

Je serai employé, vous serez un festin.

Consommer mes cuissots? mais même en plein marasme

c'est in-envisageable, sinon chez les Roumains.

 

L'avenir réunit nos deux gros mammifères

au fond d'une barquette de viande bien hachée,

avec des kangourous et quelques cervidés,

passant allègrement nos barrières douanières.

 

Loin de réconcilier bovins et équidés,

la tension s'est accrue de l'étable aux stalles.

Alors pour éviter cette promiscuité,

des troupeaux convertis sont devenus hallal.

 

VM

 

18:06 Publié dans Blog, Livre, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Quel talent...
Tes années à Bossuet ont formé ton esprit littéraire...

Écrit par : merchadou | 20/03/2013

Yes !
Un nouveau style est inventé : la poésie d'actualité !
Le Monde a son Plantu, pourquoi Midi-Libre n'aurait pas son Vincent Milane ?

Écrit par : Laurent | 20/03/2013

Salut Vincent,
même pas en rêve j'essaierai de critiquer !
un régal, pur jus, pur sucre et pur sang , lol !

merci de m'avoir compté au nombre de tes lecteurs VIP,
un rien d'ironie, une soupçon de folie, que d'effort sur la poctuation.

sur le boeuf et le cheval j'entendais une petite ritournelle....
Je crois que Brassens vient de trouver un héritier, il était temps.

Si tu arrêtes archi, surtout ne te demande pas ce que tu feras.
Je t'embrasse.
A quand le prochian poème.

Écrit par : Fioletti | 21/03/2013

nous reconnaissons bien ta bouille rigolardeet affectueuse

Merci à Michel de nous l avoir envoyée .A cet été sans doute
avec d'autres poèmes !

Écrit par : paul meyrignac | 21/03/2013

J’adore.
J'avais aimé tes vers arabesques dans le ciel de Céret pendu à quelques fil et un bout de chiffon.

Aller je vais jeter un oeil aux autres textes... je n'ai pas décroché, d'un bout à l'autre.

J'ai voyagé, souri et frissonné...chapeau!

Écrit par : Fred | 23/03/2013

Et vogue la barquette, le cheval et le boeuf sur le meme radeau.....alors comme ca quand tu ne rêve pas de murs biscornus et de toits circonflexes, tu fais des vers ! des bleus des rouges des verts des blancs de chaux et des noirs de céruse...à écrire dans l'Architexte. Alors là chapi chapo.

Écrit par : michel et ana | 28/03/2013

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