23/02/2017

MANEGE COSMIQUE

 

Attifé comme un Bibendum,

coiffé d'un casque transparent,

je survole les océans

dans le plus grand planétarium.

Je suis un brin mélancolique,

peut être à force de tourner

entre équateur et les tropiques,

de Singapour à l'Érythrée.

 

Le long cordon qui me reliait

à ma capsule galactique,

comme un ténia neurasthénique

a fini par s'entortiller.

J'ai coupé tous les écouteurs

et un silence assourdissant,

à entendre pousser ses dents

et faire pâlir un fossoyeur

a rempli un instant ma bulle.

Et me voilà sur mon orbite,

comme un caillou dans une fronde,

tutoyant les météorites,

à contempler le vaste monde.

 

Ah mon papa, oh ma maman!

J'ai voulu être cosmonaute

jamais pompier ni président.

Aurais-je commis une faute

à vouloir décrocher la lune,

en oubliant que c'est d'en bas,

que Pierrot aiguisa sa plume,

pour obtenir ce résultat?

 

Je croise au loin un satellite

je le salue du bout du gant

mais relayer tous vos écrans

occupe tant l'électronique,

qu'il ne cligne d'aucun voyant.

Le bel engin stratosphérique

emballé de papier d'argent

s'évanouit dans le néant

telle une papillote cosmique.

 

Soudain venant d'une navette

un grand filet à papillon

se déploie dans mon horizon

en espérant m'arrêter net.

Je crie, je nage, je gesticule,

oubliant ma sérénité

il suffirait d'un vent mauvais

pour que la chance ne bascule.

 

En l'honneur de mes sauveteurs

je débouche du pétillant

qui s'envole instantanément

délivré de l'apesanteur.

Et nous flottons après les bulles

la bouche ouverte pour gober

le fin nectar éparpillé,

qui envahit tout le module.

 

Un court circuit champagnisé

fait s'affoler tous les voyants,

nous intimant d'évacuer

ce lieu pourtant si rassurant.

Et c'est à peine dégrisé

que je remet mon lourd costume

condamné pour l'éternité,

dans l'éther où baigne la lune.

 

14/02/2017

DIALOGUE DE LOURDS

Si un pachyderme meurt, c'est un pachydermiste qui l'empaille?

Non, il faudrait trop de paille, c'est un taxidermiste.

Il empaille aussi les taxis?

Ah, dans les taxis c’est le client qu’on empaille.

Mais si on se trompe?

Il faudra faire des bottes.

Pour une trompe ce n’est pas adapté!

Non pour la paille. Une fois mise en botte, elle aura les pieds au sec et ne pourra s’enrhumer.

Sauf le rhume des foins.

Face au rhume des foins, la trompe est sans défenses.

Et le taxi?

Si la trompe éternue, le taxi s'essuie glace, mais face à des défenses il use du klaxon qui en fait tout un foin et aggrave le rhume.

Plus la trompe, éternue plus ça fait du brouillard. Que devient le klaxon ?

Une corne de brume.

Que peut faire une corne en face de défenses? Elle appelle de l'aide.

A l'aide du taxi?

Si c'est un taxiphone.

Mais ça n'existe plus, de nos jours, même les éléphants ont des smartphones.

Uniquement si le cornac l'autorise.

Face à une corne de brume, c'est de la légitime défense.

A condition d'avoir le kit main libre

et l'oreillette adaptée.

En ivoire.

Il n'entendra rien avec de la paille dans les oreilles.

Le taxi n'en sait rien, il corne le cornac et fonce à toutes roues, qui patinent, retenues par la trompe.

J'en ai la chair de poule.

Pas autant que son œuf, pondu dans le brouillard, entre roues et pattes, sur une botte.

L'œuf du taxi ou du pachyderme?

De la poule plumée du cornac de l'éléphant enrhumé.

Il pourrait le soigner?

Mais le prix d'une ampoule, ça vous met sur la paille.

Alors, autant faire un bouillon chaud à l'aide de la poule.

Elle ne peut pas se cuisiner au pot.

Elle est empotée?

Non, juste empaillée.

Par un gallidermiste?