21/05/2018

SUR UN AIR DE TRUMPETTE

Une arme à feu, c'est audacieux.

Un révolver, ça c'est super.

Une mitraillette, encore plus chouette.

Le pistolet me fait de l'effet,

mais le fusil est plus sexy.

La carabine a mon estime

dans les mains d'un chasseur de primes.


REFRAIN

Vite dégaine ton escopette,

je te dévoilerai mes cartouches

que nos six coups soient à la fête,

lorsque nos balles feront mouche.



Dans le canon, tout est bon.

Les obus joliment ventrus,

et les mortiers si bien dressés,

provoquent en moi des émotions.

Ce lance flammes est plein de charme

mais cette grenade bien gonflée

attend d'être dégoupillée

pour assouvir tous mes phantasmes.


REFRAIN

Vite gratte moi une allumette

que mon bâton est bien dressé,

avec sa mèche guillerette

afin d'en finir en beauté.



Un beau missile fuselé

et des mines antipersonnel,

apportent gloire et satiété,

à l'usager occasionnel.

Prêtez-moi donc un char d'assaut,

ou un bombardier d'occasion,

que je puisse exprimer bien haut

tout l'éventail de ma passion.


REFRAIN

Vite une tête nucléaire

n'hésite pas, il y en a tant.

Le champignon est si tentant

dans une omelette planétaire.



18/05/2018

68 Tard

 

L’homme accroché au bar, y conte ses décades.

Son crane bosselé, autrefois broussailleux,

avait reçu sans peur devant les barricades

tant de coups de matraques et de rejets gazeux

 

Son débit éraillé par les lacrymogènes,

écorne des slogans autrefois aboyés

par mille chevelus occupant la chaussée,

face à deux cents casqués hautement anxiogènes.

 

Paris, ville lumière, vivait des temps épiques.

Les pavés y volaient bien mieux que les pigeons,

et les héros d’alors hissaient le pavillon

de la frange éveillée d’un peuple léthargique.

 

Pourquoi cette révolte ? Nul n’aurait su le dire.

L’esclavage aboli, les guerres terminées,

au sortir des études un turbin assuré.

Ni de faim ni de soif, ils n’avaient à souffrir.

 

Et pourtant, était là le besoin d’en découdre.

Quel que soit l’ennemi, le flic ou le bourgeois,

il fallait à tout prix faire éclater la poudre

Pour modeler le monde et libérer la voix.

 

Des vainqueurs, des vaincus, il y en eut de tout bord,

mais aucun monument n’évoque l’épopée

passée au rang de mythe, et qu’on évoque encore,

dés lors qu’un trublion se saisit d’un pavé.

 

Les anciens combattants repassent leur costume

et prennent le chemin des plateaux de télé.

Peut-on les décorer, même à titre posthume

d’avoir été rebelles et puis d’avoir été ?

 

En mal d’équilibre au tabouret bancal,

l’homme accroché au bar ressasse ce passé.

Mais quand sera venu le temps d’aller voter,

son bulletin plié sera Front National.